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Village alternatif 2001 - Editorial
Editorial
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Bénévolat et Volontariat: moteurs de la société civile

Après avoir été ces dix dernières années un moteur de rassemblement associatif, le Village Alternatif se devait de tirer une réflexion critique sur sa propre raison d'être et sur celle du monde bénévole, militant et volontaire.

Pour le Village, l'objectif de cette démarche est de faire mieux connaître, faciliter, coordonner et promouvoir le volontariat et le bénévolat, afin de faire prendre conscience de leurs réalisations, et du potentiel qu'ils représentent pour la société.

Il est important d'avoir un regard critique car le volontariat et le bénévolat ont des limites à ne pas franchir sous peine d'exploiter des personnes. Il faut jeter un regard nouveau sur la motivation des bénévoles et sur leurs causes de satisfactions et d'insatisfactions car depuis quelques années, beaucoup d'organismes et d'associations ont de plus en plus de mal à trouver suffisamment de forces vives pour mener à bien leurs objectifs. Les contraintes économiques venant de la société et le manque de reconnaissance sont deux des principales causes.

Ce sujet est particulièrement pertinent cette année car conformément à la recommandation du Conseil économique et social, l'Assemblée générale des Nations Unies a, le 20 novembre 1997, proclamé 2001 Année internationale des Volontaires.

L'association et l'individualisme
Une des premières constatations que nous pouvons faire est que trop souvent les acteurs du monde associatif (bénévoles, militants et volontaires) sont actifs pour des raisons individualistes et pas forcément pour des enjeux communautaires. En effet, dans notre société en difficulté, l'individu veut se réaliser, recevoir une forme de reconnaissance et créer des liens particuliers avec les autres afin d'avoir un sentiment d'appartenance à un groupe.

Cette demande est tout à fait humaine et justifiée car le monde du travail, basé encore sur le profit et marchandage, ne peux pas répondre à un tel désir. En outre, comme l'Etat social est en perpétuelle mutation et devient l'alibi de politiciens, il ne répond pas non plus à un tel besoin. Il est par conséquent logique et nécessaire que des structures associatives se mettent en place et qu'elles aimantent ces personnes en recherche d'identité.

Le principe est juste mais nous pouvons malheureusement constater qu'au fil des années, les associations qui fonctionnent de cette manière ne durent pas car elles sont à la merci de crises humaines et ne peuvent réaliser leurs objectifs et buts.

Des solutions existent qui permettent de séparer l'association et les besoins de l'individu afin que de part et d'autre une maturité constructive se réalise. La reconnaissance du travail bénévole, militant et volontaire, doit être renforcée afin que l'individu se nourrisse et que les responsables de l'association constatent la progression des objectifs de l'organisation.

Le Don
Le don de soi est aussi un problème que les associations doivent supporter depuis fort longtemps. Fonder une association sur le sacrifice de soi, l'abnégation, le dévouement est une erreur anthropologique commune à certains milieux chrétiens et communistes, que Pierre Leroux a critiqué déjà en 1830. Il disait: "Un homme qui dans toute sa vie serait placé au point de vue du dévouement, serait un être insensé; et une société d'hommes dont la règle unique serait le dévouement, et qui regarderait comme mauvais tout acte individuel, serait une absurde société."

Le moteur ne doit pas être une personne mais l'association
Au fil des années, nous constatons que les associations qui existent toujours dans des conditions acceptables sont celles dont les responsables ont réussi à transmettre leur luttes à d'autres et qui leur donnent une place prépondérante dans le cœur de l'organisation. Trop souvent nous observons des organisations dites "monoparentales" qui fonctionnent grâce à une seule personne qui en devient le moteur unique. Si c'est compréhensible au début, par la suite c'est délicat voire dangereux pour la survie de l'organisation.

L'argent: une nécessité
En Europe et bien ailleurs, des milliers de salariés et bénévoles sont impliqués dans les services solidaires et nous devons constater que beaucoup d'associations ne peuvent atteindre leurs objectifs par manque de financement.
Trop souvent, nous entendons que ce sont les membres qui doivent financer, par leurs cotisations, le fonctionnement de l'association. Nous sommes très heureux de savoir qu'il existe de nombreuses associations mais dans la réalité ce n'est pas forcément une bonne chose. L'Etat pourrait démissionner de certaines tâches sociales importantes et sans l'intervention du monde associatif, soutenu par des bénévoles et des volontaires, le secteur social concerné risquerait alors de disparaître. Devant l'importance du travail fait par certaines associations, il est primordial de trouver des moyens financiers réguliers leur permettant d'assumer leurs tâches.

Structures associatives
Dans le milieu associatif, les structures le concernant et énoncées par le Code Civil Suisse ne lui sont pas forcément bien connues. Il est donc nécessaire de lui donner les moyens de comprendre le fonctionnement des structures associatives, des coopératives et des fondations telles qu'elles sont inscrites dans le Code Civil Suisse. Souvent, nous constatons que beaucoup confondent ces structures lorsqu'il s'agit de trouver des moyens financiers.

La réflexion continue
Le Village, par le truchement de textes d'auteurs choisis et des associations présentes veut poursuivre cette réflexion et se propose ainsi d'organiser des débats durant les cinq jours du Salon du Livre. Chaque jour sera consacré à un thème particulier permettant ainsi au public de participer à la réflexion.

Thèmes généraux des débats:

Vendredi 27 avril:
le rôle du bénévolat et du volontariat

Samedi 28 avril:
la nécessité sociale du bénévolat et du volontariat

Dimanche 29 avril:
les réalités du bénévolat et du volontariat

Lundi 30 avril:
les enjeux du bénévolat et du volontariat

Mardi 1er mai:
bilan et perspectives du bénévolat et du volontariat

Du rêve à la réalité:
un travail en grande partie dû à des bénévoles

La mise en place de la Maison des Associations en a exaspéré plus d'un, mais chacun, ou presque, en a admis la nécessité.

Si, dans plusieurs pays d'Europe, les collectivités publiques ont reconnu depuis fort longtemps l'importance de l'apport des associations socio-politiques au développement de la société, tel n'est pas le cas dans notre pays. Malgré le fait que dans des domaines aussi variés que la santé, l'éducation, l'environnement, les droits des personnes, différents groupements ont apporté leur pierre à l'évolution de la législation, aucun projet d'envergure n'a pu se concrétiser pour offrir les moyens indispensables à l'action du monde associatif. Etant souvent perçu comme antagoniste, plutôt que complémentaire, par le monde politique, il a longtemps trouvé d'insurmontables obstacles sur le chemin de sa reconnaissance.

C'est pourquoi la Maison des associations socio-politiques à Genève, première du genre en Suisse, n'a pu se réaliser que par l'opiniâtreté d'un groupe de personnes issues du monde associatif.

Rendre à César ce qui est à César
Au coeur et à la tête de ce projet se trouve Régis de Battista, pacifiste et objecteur de conscience de la première heure, membre actif de différentes organisations, il est aujourd'hui député socialiste au Grand Conseil de Genève et Directeur de la Maison des associations.

Son mérite indéniable a été, au fil du temps, d'avoir su convaincre un groupe de personnes suffisamment fortes pour l'épauler et gagner la confiance d'experts techniques, financiers et des représentants politiques pour mener à bon port ce projet.

Les prémisses
C'est à la fin des années 1980, par la participation au Salon du Livre et de la Presse, que Régis de Battista rencontra Luc Gilly - aujourd'hui lui aussi député sur les bancs de l'Alliance de Gauche, le Docteur Wenger, Marina Bertani et Jean Musy, directeur de Radio Zones 91.8 FM. Ensemble, ils arrivèrent à organiser une quarantaine de débats qui débouchèrent sur des rencontres et des synergies qui se révéleront par la suite déterminantes.

En effet, c'est en 1991 qu'une vingtaine d'associations s'allièrent pour former le premier Village Alternatif intitulé "Une autre Suisse pour un autre monde". A cette occasion A. Rohmer et R. Beffa (menuisiers de profession) et Gérald Hibon (directeur du WWF) se joignèrent à l'équipe, qui se renforça par la suite grâce à l'apport de Marco Solari (à la coordination) ainsi que de Philippe Progin et de Nasser Beressa (menuisiers).

C'est en 1996, devant le succès annuel grandissant que la structure collective initiale se transforma en structure associative et c'est à ce moment-là qu'un groupe de bénévoles, sous l'impulsion de Régis de Battista, se pencha pour la première fois sur la question fondamentale de savoir comment éviter d'arrêter brusquement les synergies développées lors du Salon International du livre et de la Presse.

La première démarche fut de constituer la Fédération pour l'expression associative qui, au bout du compte, est arrivée à regrouper plus de soixante-dix associations. C'est cette structure fédérative qui a pris la responsabilité de lancer concrètement le projet de la Maison des associations. Il faut saluer le travail durant cette période de Jordi Bruggimann (ancien membre de l'ACEG), de Collin Archer (secrétaire général du Bureau International de la Paix), ainsi que de Marina Bertani (présidente de l'Association du Village Alternatif).

Le rêve est partagé
Lancer l'idée de créer un "Village" permanent dans un lieu en plein centre-ville de Genève, faisant fi des critiques et difficultés qui s'en seraient suivies, tel était le but que s'était fixé la Fédération, qui regroupait les associations dites socio-politiques. Cette définition englobe les organisations qui agissent dans les domaines des droits de la personne et des peuples, de la défense de l'environnement, de la promotion de la paix et du désarmement et du développement durable.

Différents lieux furent prospectés afin de trouver un espace suffisamment grand pour accueillir une cinquantaine d'associations et très vite une préférence se manifesta pour un ensemble de quatre bâtiments: les anciens locaux de feu le journal "La Suisse". Dans cette phase, Régis de Battista a pu compter sur l'aide de Jean Grivel d'Action Studio.

Que ce soit lors des pourparlers avec les propriétaires pour l'acquisition des bâtiments concernés ou lors des prises de contact avec les représentants politiques, il a continuellement fallu faire face au scepticisme ambiant de ceux qui percevaient le monde associatif comme un milieu manquant de crédibilité. Venant de la part des milieux économiques, l'inquiétude était compréhensible, mais de la part d'élus, propulsés par le monde associatif, il est permis de se poser quelques questions.

Cela dit, afin de garantir la plus grande stabilité possible, en janvier 1999 la Fédération d'origine s'est transformée en une Fondation de droit privé, dotée de mécanismes démocratiques.
Les "verrous démocratiques" suppriment les risques potentiels de voir le Conseil de fondation s'éloigner des but du projet. Le sens de ces articles "verrous" est d'offrir une grande place au Comité des locataires de la Maison. Les délégués des associations ont ainsi la possibilité d'approuver les nouveaux membres choisis pour le Conseil de fondation, d'agréer au préalable toute modification des statuts, d'avoir un représentant au sein du Conseil de fondation, d'accepter ou non les nouveaux locataires. Les utilisateurs non locataires de la Maison des associations ont également droit à un représentant au sein du Conseil de fondation.

En d'autres termes, les membres fondateurs de la Fondation n'ont jamais voulu se poser en superviseurs du monde associatif mais, au contraire, ont toujours estimé que ce n'est qu'avec le soutien et la collaboration du monde associatif que le rêve pouvait se réaliser.

Article tiré du Journal de la Maison des Associations "Le Baobab", mars 2001, Conseil de la FEA

 
 
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